Etcetera.
Sur ce plan-là, comme sur tous les autres je présume, je n'échappe pas à la règle commune. Ma libido est gouvernée par un désir impérieux et central : celui de partager, selon
des modalités variables, ma femme.
Ce qui ne se réduit pas à participer à quelques partouzes (même si nous nous laissons souvent aller à ce plaisir).
Mais j'aborderai ces nuances bien assez tôt.
Je voudrais commencer par la fin. Le but d'une certaine manière. Et en même temps l'origine, peut-être, de toutes nos aventures.
En l'occurrence par un fantasme commun que nous n'avons pas encore assouvi mais qui hante nombre de nos étreintes et qui déclenchent en elle quelques un des ces très
profonds et très longs orgasmes dont elle a le secret.
Dans les catégories (de plus en plus rigoureusement définies) du cinéma porno, ce fantasme porte un nom japonais : bukkake.
Pour faire simple, c'est une sous-catégorie du gang-bang qui est d'ailleurs lui-même une sous-catégorie de la partouze dite aussi orgie ou partie
fine.
Plusieurs hommes, de préférence plus de trois, généralement nus, se réunissent au-dessus du corps également nu de la dame en se masturbant longuement pour, à tour de rôle, venir éjaculer sur son
visage ou sa poitrine.
Pour les participants mâles, l'excitation croît à mesure que le visage et la poitrine de la femme s'ornent du sperme de leurs camarades de jeu.
Dans ce fantasme, je nous vois, nous nous voyons dans une pièce assez grande, très lumineuse, dont le sol est recouvert d'un moquette de couleur claire. Pour ma part, je suis assis dans un
fauteuil profond, vêtu d'un costume gris anthracite des plus ennuyeux et un verre de whisky à la main : elle se trouve quant à elle agenouillée à une dizaine de mètres plus loin, parfaitement nue
hormis ses pieds, chaussées d'escarpins à fines lanières noire qui soulignent la pâleur de sa peau.
Autour d'elle, formant un cercle d'environ quatre mètres de diamètre, cinq hommes, nus eux aussi, la contemplent en se caressant lentement.
Elle semble comme absente, attentive seulement à contrôler son impatience.
Ce moment, elle s'y prépare depuis des semaines.
Des mois.
Je sais qu'elle veut, comme moi, ressentir en elle la montée à la fois progressive et violente du plaisir.
Pourtant, sentant le moment venu, le plus audacieux – et probablement le plus impatient – de ses admirateurs finit par s'avancer d'un pas : il ose donc enfin approche sa verge humide, admirablement circoncise, à quelques centimètres à peine de sa joue droite.
En réaction, les yeux à demi fermés, le corps parcouru d'un imperceptible frisson que je suis peut-être le seul à saisir à cet instant précis, elle se contente de pencher
alors sa tête pour lui offrir son visage.
D'expérience, je sais qu'elle ne peut qu'aimer le physique de cet homme (même si ses goûts, en la matière, sont très éclectiques) : taille moyenne, buste épais et poilu.
Lui, mâchoires serrées, tente manifestement de retarder le moment ultime sans pour autant cesser, probablement malgré lui, de titiller de plus en plus frénétiquement le
son gland gonflé à bloc.
De mon côté, je résiste à la tentation, pourtant déjà dévorante, de sortir ma propre queue et me contente, à ce moment précis, d'une gorgée de Johnny Walker pour tenir le
coup.
Les autres participants (respectant ainsi à la lettre la règle que nous avons fixée au préalable) patientent à distance respectable.
Au passage, j'admire la jolie petite poitrine de celle que j'aime à désigner sous le nom très et trop sérieux d'épouse : les tétons bruns, larges, épanouies, l'attache
ferme sous l'épaule.
Soudain, le sperme gicle sur son nez et son front, lui ainsi arrache un gémissement et un spasme.
L'homme qui vient d'éjaculer tremble comme un feuille, un sourire à la fois béat et gêné accroché aux lèvres. Presque aussitôt, il s'écarte et laisse sa place au second,
un mâle brun et ventripotent au sexe extraordinairement long et courbé sur le côté droit.
Cette fois-ci, le contraste entre l'émoi très doux de ma femme et de ce corps masculin en rut a quelque chose de presque comique et m'arrache un sourire.
Mais le burlesque fugace que je relève ici n'enlève rien à mon excitation.
Le troisième homme qui se présente est monté de manière plus banale mais, pour une raison que j'ignore, le regard de ma moitié s'illumine et je sens poindre en elle la
jouissance. L'individu en question se branle lentement, en plongeant avec intensité ses yeux dans les siens, en la convoitant avec férocité. Je sens qu'elle résiste de tout son corps pour ne pas
prendre sa verge entre ses mains puis dans sa bouche. Pour ne pas le supplier de la prendre sur le champ.
Soudain, elle explose.
Un soupir. Puis un autre. Et l'ondulation particulière de son corps en proie aux flammes. Les yeux révulsés. L'homme n'y tient plus. Une longue trainée blanchâtre et visqueuse
jaillit de sa queue et vient se surajouter, sur le front et le nez de ma femme, au sperme des précédents.
Sans quasiment m'en être rendu compte, j'ai joui également. Sans me toucher.
Les deux hommes qui suivent vont vite.
Elle jouit encore. Elle a oublié que j'étais là.
C'est fini pour ce soir.
Or chez moi, ces images, ces émotions, ces désirs, ces
craintes, ces frayeurs, ces besoins, ces colères, cette joie, ces frissons, ces soupçons sont essentiellement pornographiques (autrefois, j'aurais écrit
: érotiques) et provoquent très logiquement dans mon slip d'insoutenables érections qu'il me faut bien apaiser d'une manière ou d'une autre
Rature.